Liberté de penser…… et d'écrire – Julie Tomiris

Tentative d'Etre

JOURNÉE DES DROITS DE LA FEMME !

Classé dans : Confidences,Débats,Mes revoltes,Nouvelles,Reflexions — 8 mars, 2018 @ 20:05

 Révolte du balai images

Pour la majorité de mes congénères, le dicton suivant : « ça n’arrive qu’aux autres », se traduit au quotidien comme une fatalité, qui ne les concerne pas, fermant de ce fait à double tours les neurones de la compréhension, de la compassion, du respect d’autrui… de l’empathie en général, et ouvrant les portes sur la bêtise, le mépris, le complexe de supériorité qu’éveille le pouvoir de l’argent. Des comportements d’égoïsme, d’hypocrisie, d’irrespect et de domination… Bref ! De parfaits imbéciles à couronner du titre de prétentieux imbuvables et artificiels !!

Ce titulaire du « ça n’arrive qu’aux autres, après moi la fin du monde ! » se reflète très bien dans le miroir de notre Société du chacun pour soi, avec la possibilité d’écraser son prochain, sans état d’âme. Il ne fait pas bon d’être différent et de le revendiquer en ce bas monde !

Et si par malheur, vous faites partie du clan des dinosaures adeptes du respect, de la bonne éducation, du savoir-vivre, de la courtoisie, enfin des ringards au-dessus de la quarantaine bien sonnée, vous vous trouvez dans la même position que celle des animaux en voie de disparition ou à enfermer dans des réserves de survivance.

Au train où vont les choses, le seul moyen d’échapper à une anarchie responsable de la décadence humaine, c’est d’envier le choix des anachorètes et de vivre en ermite.

Quand le destin a prévu pour vous une autoroute de fourmis où le seul moyen de survivre est de jouer des coudes pour ne pas se laisser avaler par l’injustice et les dictateurs du profit, il arrive un moment où l’on regrette de ne pas se trouver enfin devant les portes du Paradis et de l’Ermitage à perpète !

Les sbires de Satan s’arrangent pour incendier l’identité de l’individu en détresse, le réduisant en cendres après les braises ardentes de la révolte, pour le disperser en final dans les méandres de la déchéance.

Le David contre Goliath des temps modernes a inversé les rôles du vainqueur et du vaincu. Le géant Goliath, représenté par l’impérialisme du profit et de son générateur : la spéculation boursière, n’est pas et ne sera jamais vaincu par le petit roi David, qui apaisait la mélancolie de son prédécesseur Saül en jouant de la harpe ! Il est révolu le temps des troubadours chantant la gloire de la minorité s’opposant dignement à la majorité. Dans un échange de forces non équitables, la raison du plus fort était parfois remise en cause et n’aboutissait pas toujours à donner raison à la représentation massive, bien connue pour sa pensée unique regroupée par un leader adroit et manipulateur.

Penser différemment aujourd’hui vous condamne à la position de fauteurs de troubles. Le seul fait de réagir à la connerie ambiante et de tenter d’imposer sa position d’être humain tout simplement, vous range dans le catalogue de ceux qui dérangent dans cette société, où la démocratie commence à échouer dans la dictature de rue, le royaume des manipulés, des esclavagés, des rejetés, des magouilleurs, des arnaqueurs… ! Tout le monde, il n’est plus beau, tout le monde il n’est plus gentil !!

La vie, qui était déjà un dur combat, est devenue celui des gladiateurs luttant à mort dans une arène poussiéreuse, qui ressemble davantage de nos jours à un hôpital psychiatrique aux dimensions internationales, dont les vainqueurs se retrouvent également à la merci du pouce de mise à mort pointé vers le sol, ou de vie épargnée pointée vers le ciel !

Dans cette fourmilière humaine, pour ne pas dire cour des miracles, la cité de la survie contre les hyènes du Pouvoir, il y a un corps de…, j’allais dire « métier », mais ce serait faire un lapsus. Car le terme le plus approprié serait : « soumission volontaire à l’esclavagisme » 1

Trop facile de prôner qu’il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens, quand on n’a pas à s’armer de gants Mapa, d’un seau et d’une serpillière pour survivre !

En outre, à constater le comportement en moyenne de ceux qui utilisent ces forçats du nettoyage des chiottes et de la merde des autres, quelle hypocrisie de vouloir le revaloriser en modifiant son appellation : technicienne de surface au lieu de femme de ménage, encore très largement usité néanmoins ! C’est comme changer le nom d’un maton à la Prison de Fresnes pour surveillant à la Joliette ! Que ne peut-on pas faire avec des mots ! Subtiles nuances de la pluie et du soleil ! Il faut ajouter l’accent du midi et le leurre est parfait !?

Si je parle de ce métier si méprisé, c’est en connaissance de cause, puisque pendant plus de quatre années, je me suis soumise à effectuer cette peine. L’enchaînement aurait pu vous faire supposer que je suis sortie de prison après 4 années d’enfermement. Psychologiquement, c’est bien d’enfermement qu’il s’agit et je me demande si l’expérience de la cage avec barreaux n’eut pas été préférable à ma position de prisonnière d’un boulot dégradant, où l’on s’aperçoit à quel point, l’être humain n’est qu’un tas de merde !

De Secrétaire de Direction dans une banque française, je me suis retrouvée après mon divorce, et à partir de 40 ans, à survivre avec les fruits en décomposition d’un licenciement économique, après une période de chômage de 10 ans, entrecoupée de petits boulots précaires, ne laissant entrevoir aucune perspective d’avenir et percevoir seulement un horizon teinté de noir, même pas capable de me faire garder ma dignité ! Noir, c’est Noir !!! Je décris là une période post-conjugale à laquelle m’avait condamné le Cavalier Noir avec son Z comme Zéro, à la pointe de l’épée et déguisé en Prince Charmant.

Mes premières heures dans cette branche de plus en plus « cotée », grâce à la candidature de personnes, dont le niveau intellectuel peut se mesurer à ceux qui les emploient, se sont déroulées dans deux écoles, un collège plus exactement et une école primaire. C’était pour moi une façon de mettre un pied dans l’étrier après avoir capté l’information d’un futur poste vacant au secrétariat de la Bibliothèque.

Une manœuvre qui ressemble plutôt au parcours du combattant, à la différence près, c’est que le soldat rampe dans la boue et que je devais, quant à moi, ramper dans la merde. La corvée de chiottes n’était pas la même, car dans l’Armée, c’est chacun son tour. Tandis que pour moi, elle était la fonction la plus importante de l’engagement, et quotidienne ! Trois étages d’escaliers à balayer et lessiver faisaient également partie de ce « sot métier, de sottes gens ! »

C’est donc le milieu enseignant, qui m’a convaincue tout d’abord du mépris accordé à ces héros rabaissés au niveau des poils de leur balai et de leur serpillière. Vous ajoutez le seau et vous avez ainsi la Trilogie de la Femme de Ménage.

C’est le soir, entre chien et loup, pour citer l’heure du crépuscule, que la starlette gantée et armée de sa trilogie hantait les couloirs désertés par les élèves et les professeurs. La lumière blafarde des plafonniers rendait l’atmosphère des lieux sinistres, où planait une odeur fétide de transpiration et de sol piétiné toute la journée de semelles de cuir et de caoutchouc. Ces couloirs étaient imprégnés d’une présence humaine dans un silence pesant.

C’est aussi durant ces séances « d’apprenti sorcier », dans la rumba du balai et de sa serpillière réalisée avec maestria, que je découvris les premiers signes d’incivilité et de dégradation gratuite de matériel. Mis à la disposition de jeunes individus soumis à l’apprentissage de leur future vie d’adultes, les traces d’irrespect et de vandalisme sautaient aux yeux de la Cosette à chaque marche gravie, non pas vers le Paradis, mais vers les chiottes du 4ème étage.

Entre le chewing-gum scotché  aux murs ou sur les marches, les yaourts éventrés gisaient çà et là sur les marches descendant vers le réfectoire. Je pouvais remplir un sac poubelles d’immondices de toutes sortes. J’aurais pu commencer une collection de marques publicitaires, identifiant chaque papier jeté par terre, alors qu’une poubelle se trouvait à dix centimètres.

Quelques classes, restées ouvertes, gardaient les stigmates d’une agitation désordonnée, dont les témoins sortis du rang attendaient patiemment qu’un larbin prenne pitié d’eux. Les chaises, ainsi traînées de droite et de gauche, semblaient encore gémir en silence de la journée écoulée dans le brouhaha. Les crayons qui tombent au sol, les livres scolaires fermés brutalement en claquant, les fous rires sous la table, le crissement pénible de la craie sur le tableau, le bruit sourd du prof se déplaçant sur l’estrade en bois, craquant à chacun de ses pas.

Il régnait un désordre parlant, qui me faisait revivre l’animation du jour. Mais une grande question me chatouilla les méninges devant ce spectacle de désolation dans un milieu censé à apprendre la discipline, le respect d’autrui. En bref ! La vie en société !!

Comment faire prendre conscience à l’Homme que la Liberté commence là où s’arrête celle des autres ? Et que le refus de changer son comportement de consommateur avide, de pollueur, sans le moindre respect des choses et des autres, ne peut résulter que sur l’anarchie, l’incivilité et qu’à force de patauger dans cet état d’esprit, la barbarie risque bien de revenir au galop, en souvenir cuisant du Moyen-Age !!

N’est-il pas le rôle des enseignants, en complément de celui des parents, que de montrer l’exemple à la génération suivante et de l’inciter, dès le plus jeune âge, à laisser un endroit mis à sa disposition, à la fois pour son éducation et ses loisirs, aussi propre qu’il le trouve en arrivant ?

Ne peut-on pas également lui faire comprendre que personne ne mérite le sort de plonger sa main dans la merde des autres, simplement du fait que les uns estiment que d’autres s’en chargeront à leur place ? Et méprisés par-dessus le marché !! Chacun doit laver devant sa porte ! N’est-ce pas la formule magique pour revendiquer la liberté ?

Je me revois traverser cette cour où quatre platanes, les racines noyées sous le béton, tendaient leurs branches noueuses et tordues vers le ciel, comme implorant la clémence du climat, l’hiver, lorsque les feuilles avaient préféré l’évasion, en se laissant emporter par les premières bises. Le hasard voulut que je rencontre un professeur retardataire, enfin décidé à quitter l’établissement. Entourée de ma trilogie, balai, seau et serpillière, et après m’avoir adressé un regard fuyant muet d’indifférence, il a continué son chemin vers la sortie, sans m’avoir adressé la moindre parole de politesse en me croisant. A croire qu’il venait d’échapper à celle par qui le scandale arrive ! Pour reprendre notre Grand Jacques : « car chez ces gens là… » on ne mélange pas les torchons avec les serviettes, pas plus que les torchons avec une serpillière accompagnée d’un seau et d’un balai. Pour en être à faire cette basse besogne, il ne faut pas avoir grand chose dans le ciboulot !! Pour sûr !

Cette première note dissonante de mépris, dont je me voyais victime, tout simplement parce que je venais faire l’entretien des lieux pour m’assurer une survie, fredonna en moi comme le blues négro-spiritual chanté par un esclave dans un champ de coton. Dans cet exemple précis, ce n’est pas qu’une question d’impolitesse. Il est plutôt inquiétant de voir confiée à pareil individu l’éducation de ses enfants. Heureusement, l’honneur est sauf, si l’on imagine qu’il faut de tout pour faire un monde et que j’ai également relevé des comportements courtois et respectueux.. Trop rares cependant !

Les statistiques restent tout de même favorables aux titulaires des neurones atrophiés d’un complexe.. de supériorité ! La caste des intouchables de la prétention et de la connerie !

En outre, lorsqu’il s’agit de parler de la merde d’autrui, le sujet prend des allures de longévité, car les exemples au quotidien pourraient faire la Une de tous les journaux.

Mesdames et Mesdemoiselles, vous qui donnez l’apparence d’être si propres sur vous, vous montrant maquillées et parfumées chaque jour, élégantes et raffinées. Pardonnez-moi, mais certaines d’entre vous mériteraient bien d’être astreintes à un passage obligatoire dans les dessous abjects de la gente humaine.

Je ne ferai pas dans la dentelle en pratiquant l’euphémisme afin d’épargner la susceptibilité des unes et des autres. Derrière ce masque de beauté fatale, c’est oublier que des petites mains javellisées, discrètes comme des souris blanches, les fantômes de la propreté, ont découvert, après votre passage, des serviettes hygiéniques pêle-mêle sur le sol des toilettes, la chasse d’eau non tirée, des couches bébé bien garnies sans même avoir été rabattues, j’en passe et des meilleurs. La petite fée du logis, si méprisée, si transparente se transforme alors en ramasse merde de coquettes salopes. Ne pas se méprendre sur la catégorie sociale capable de ces vilenies, ces exemples sortant du crû de la société « moins j’en fais, mieux je me porte ! »

Ayant œuvré dans les secteurs économiquement les plus enviés, je peux même me permettre une appréciation qui ne risque pas de m’expédier au tribunal pour diffamation, car il me suffirait de crier l’hallali pour rameuter le corps emmerdé au complet, pendant une semaine, et fournir ainsi les preuves de ma présente diatribe..

La gente fortunée possède des maisons de toute beauté, en général d’une propreté faisant de l’ombre à la moindre poussière égarée. On dit également que l’argent n’a pas d’odeur. Intox ! En fait, l’argent pue autant que ceux qui la possèdent ! Amputez-les de leurs larbins à deux francs, six sous et vous verrez si leurs demeures restent rutilantes sous les éclats de leurs poubelles quotidiennes. Je serais assez partisane de faire un essai dans ce domaine. Je suis sûre de ne pas être déçue ! Sans les petites mains qu’ils regardent trop souvent de si haut… de leur petitesse humaine, ils brilleraient beaucoup moins !

Après avoir valsé avec ma trilogie dans le corps enseignant, survolé les nimbes de la gente au-dessus de tout soupçon, j’ai atterri dans le cercle des particuliers, s’attribuant le titre b.c.b.g. de par le seul fait de pouvoir rémunérer, quelques heures par semaine, une âme sans qualification professionnelle, ou une âme suffisamment compétente intellectuellement pour prendre des initiatives, et contrainte à se dévaloriser pour lutter contre les fins de mois trop difficiles, dans un contexte social où le chômage bat son plein.

Car, comme je l’annonçais au début de ce récit « plus blanc que blanc » ou « la tornade blanche en action », le chômage a engendré une nouvelle marque de soubrette : « la starlette aux gants Mapa ! Elle sait s’exprimer dans un bon français. Sa conversation est recherchée pour les âmes esseulées. Elle donne des tuyaux, après avoir utilisé celui de l’aspirateur. Elle va même jusqu’à dépanner un débutant de l’outil informatique. Je vous décris là, la perle des cristaux de soude, celle qui se transforme en tornade blanche du sol au plafond…comme à la maison !!

Elle inspire tellement confiance que les clés du logis lui sont confiées en cas d’absence ! Elle vient aérer les lieux, arroser les plantes délaissées le temps des vacances, donner à manger aux chats, aux chiens ou aux oiseaux ! Elle s’occupe du jardin, sort la tondeuse pour faire une coupe rase au gazon, nettoie la piscine, etc.… En bref, une petite main multifonctions au cerveau quelque peu garni, toute fraîche sortie de son licenciement économique.

Si je décris à nouveau si bien cette âme, détournée de la Société à but lucratif au détriment de la dignité humaine, c’est que je suis l’une de ces « zéroïnes », ayant trébuché sur le chemin de la réinsertion, comme Jésus sur son chemin de croix !

Estimant que le primate évolué pouvait être capable d’un acte responsable, d’empathie et du respect de l’autre, je me suis lancée dans l’aventure de la fée du logis comme une bonne-sœur s’engage dans les Ordres. Pour moi, il n’était pas possible qu’une perle, aux multiples facettes, allant même au devant des désirs de son écrin, ne puisse pas soulever le couvercle de la coquille du Maître des lieux dépoussiérés et provoquer de ce fait la révision du statut et des conditions d’embauche de cette perle de culture antibactérienne !

Il est bien connu que les objets rares prennent de la valeur avec le temps et deviennent parfois un enjeu financier inestimable lors d’une mise aux enchères publiques.

Mais, hélas, la Cosette, toute diplômée soit-elle, doit se contenter du tarif minimal horaire, sans même pouvoir bénéficier de l’arrondi lors du transfert du Franc à l’Euro. Pas question non plus de voir ce tarif prendre du « grade » avec l’inflation. J’ai tout de même un petit avantage à préciser dans ce domaine pour avoir imposer mon tarif dès le départ supérieur à celui du marché courant. Une compensation dans ce monde d’exploitation de l’Homme par l’Homme ! Je n’ai pas hésité non plus à rendre mon tablier et les clefs du logis, lorsque l’overdose d’irrespect atteignait les « bornes des limites »et bien que me trouvant  aux abois financiers! On a son amour-propre tout de même !

Il a bien fallu également mettre un terme à la traversée du désert sans oasis dans cet univers de crados voulant péter plus haut que leur cul, où l’échelle des valeurs est incompatible avec le respect d’autrui et celui pour un service rendu au cœur de leur intimité.

Néanmoins, dans le style : « j’en veux pour mon argent », je voudrais citer la famille : « la honte… connaît pas ! », du style intello travaillant dans le milieu littéraire… des Éditions plus précisément. Un couple charmant, tout sourire, tout mielleux ! Tout à fait le genre qui me fait plier en quatre pour une partie de ping-pong de la convivialité et de la gentillesse. Car, malheureusement, j’ai le tort de fonctionner à l’émotion et aux sentiments, plongeant alors la tête la première dans les pièges de l’amitié intéressée.

Ensuite, je n’ai plus que mes yeux pour pleurer, quand l’hypocrisie décide de dévoiler sa mesquinerie et sa bassesse ! Mais avant cela, j’aurai respecté mon engagement moral en effectuant les tâches de ménagère exceptionnelle souhaitée par les intéressés. Si encore, je me cantonnais à faire seulement ce qui concerne le contrat de principe. Non bien sûr, j’en fais un peu plus, puis encore plus. Pas besoin de me le demander, je suis montée sur ressort et je suis dynamique ! Pourquoi faire en trois heures ce que je peux faire en une ? Ainsi, je rendrai encore plus service à ces gens si sympathiques, qui me traitent comme un tout un chacun, à égalité.

Non seulement, je le fais à contrecœur, mais je pousse mon côté maso à en rajouter, avouons-le. Une vraie tornade blanche, quoi, comme précisé plus haut ! Avec moi, c’est tout ou rien. Je serais entrée dans les Ordres, je ne me serais pas contentée de prier du matin au soir, j’aurais continué à prier en dormant !!! A Lourdes, en entendant la phrase miraculeuse : « Lève-toi et marche… », non seulement je me serais levée, j’aurais marché, mais je me serais mise à courir, et même à voler. Non pas mon voisin pour ceux qui auraient les idées mal placées, mais vers les nuages pour rejoindre la tribu des anges de ma connerie.

Pour en revenir aux anges noirs de la saleté, j’étais tombée sur le gratin du « plus sale que moi, tu meurs ! » L’état des toilettes a bien failli me faire tourner de l’œil… et de honte pour eux. A croire qu’ils avaient remédier à des problèmes d’embouteillage d’intestins, en avalant des dragées Fuca, sans intention du tout de refaire la peinture (un coup d’œil à Coluche en passant !).

Je me demande si je dois entrer dans les détails, de crainte de choquer les âmes sensibles, mais en découvrant l’objet du délit, où Picasso lui-même se serait vu détrôner de sa période bleue pour ce chef-d’œuvre de la période marron… du sol au plafond avec un petit détour à l’intérieur de la cuvette en passant par la lunette. Au lieu de partir en courant, sans dire au revoir et merci bien sûr, Cosette réclama des gants ! Mapa, il n’y avait pas bien entendu ! D’ailleurs, il valait mieux utiliser des gants de jardinage, bien épais et bien solides, pour arriver à bout du ravalement mural et divers.

Une semaine d’absence de la Madame a suffi à Monsieur pour aggraver la situation. Le genre macho de la cinquantaine, en voie de voir transformer son crâne en piste d’atterrissage pour mouches égarées. Même pas le courage de descendre ses poubelles chaque jour, que je retrouvais amoncelées dans un container en plastique dans la cuisine, à la hauteur de la gamine de 24 mois qui aimait particulièrement jouer dans les parages, attirée sans doute par les odeurs  alléchantes, où les couches culottes tenaient compagnie aux restes de victuailles en décomposition. Les gants de jardin se chargeaient d’extraire, tant bien que mal, les immondices de la maxi-poubelle improvisée et de les descendre dans le local destiné à recueillir les déchets journaliers.

Je peux dire que j’ai tout de même poussé l’abnégation hors des limites de la décence et de la tolérance, comme si je tendais l’autre joue à ceux qui m’avaient humiliée, trahie, abandonnée.

Tous les mardis, je revenais toujours en me poussant et en motivant ma prouesse que les trois sous récupérés en contrepartie, m’aidaient à surnager dans la précarité de post divorce.

Toutefois, lorsque je me suis retrouvée, un jour, devant l’évier de cuisine où la vaisselle trempait, j’ai découvert l’incroyable et le pire du manque de respect. Une semaine s’était écoulée entre le fait d’avoir déposé celle-ci dans les bacs et sur les égouttoirs, sans que personne ne prenne la peine de la laver, attendant la venue de Cosette pour s’en charger. L’eau croupie avec les restes alimentaires s’était transformée en un liquide gluant et nauséabond. La cuisinière était couverte d’éclaboussures de cuisson au beurre ou à l’huile. Le Maître Coq s’en était tellement donné à cœur joie, que même les vitres de la fenêtre se trouvant juste au-dessus de la cuisinière, avaient eu droit à goûter la friture !! L’état des brûleurs de la gazinière faisait également concurrence à la période marron des toilettes.

Deux personnes si aimables, qui poussaient le mépris jusqu’à oublier quelquefois de payer l’esclave de circonstance, qui devait attendre la semaine suivante pour recevoir son dû.

Le ménage est loin, bien sûr, d’être un secteur propice à l’épanouissement de l’individu et qu’il y a certainement des choses plus intéressantes à faire, mais de là à vivre dans la… bien obligé d’appeler un chat, un chat… merde ! Même le porc se trouverait insulté, si je les comparais à ce brave animal qui, contrairement aux idées reçues, est d’une nature très propre.

Les exemples ne manquent malheureusement pas du comportement minable de certains employeurs dénués de tout scrupule. Il me vient à l’esprit celui de cette pimbêche, ex-coiffeuse, ex-femme d’employé de Banque, devenue Directrice d’École de Danse en Avignon, grâce aux relations de Papa. Elle me traitait comme une domestique, me laissant son lit à faire, alors que des traces fraîches de sperme, de la nuit écoulée, auréolaient les draps ou que les chiens avaient imprégnés de terre de jardin, quand ce n’était pas des traces de « pneus » canines, pour ne pas dire le mot de Cambronne.

Lorsque la « Reine de Saba » quittait sa maison pour son travail, je trouvais ses petits mots qui commençaient par : « Me faire… ». Ni bonjour, ni merci ! Jamais elle ne refermait un tube après usage, que ce soit le shampoing, le dentifrice, rouge à lèvres et autres produits de maquillage et de toilette. Même les bouteilles en plastique, eau et autres, s’accumulaient sur le rebord de la fenêtre de cuisine, juste au-dessus de l’évier, attendant la venue de la domestique pour être enfin mises dans la poubelle située à cinq mètres dans la cour.

Son linge à laver m’attendait également dans la machine, qui tournait pendant que je m’activais dans la maison, et que j’étendais sur le fil dans le jardin avant de partir. Trois jours plus tard, il m’attendait toujours, mais cette fois-ci pour être décroché du fil, car la gente dame n’avait pas jugé utile de le faire elle-même. Un jour, les chemises à repasser du nouvel amant s’étaient ajoutées arbitrairement aux tâches de l’esclave, qui devait de surcroît se contenter de baver devant les chocolats déposés dans des coupelles un peu partout dans la maison à la période de Noël. Si j’avais osé espérer une petite augmentation en fin d’année, en guise de pourboire ou une boîte de chocolats, je devais me mettre mes rêves dans le tiroir de mon indulgence et de ma crédulité.

Néanmoins, je rageais intérieurement de constater, une fois de plus, que la compétence et les qualités de cœur étaient diamétralement opposées à la réussite sociale.

En outre, mon talent à manier la trilogie avait fait des adeptes à voir la tornade s’activer dans le sweat-home de voisins de palier et d’immeuble. Le bouche à oreille m’avait trouvé de nouveaux clients.

Le couple suivant faisait partie de la moyenne, soucieuse d’un minimum d’hygiène. Par ailleurs, sous une gentillesse, qui s’avéra par la suite un brin hypocrite de la part de l’hôtesse, ce fut les seules heures que je ne fis pas à contrecœur. Le compagnon de la gente dame, à la retraite depuis peu de temps, se montra des plus aimables à mon égard, engageant même des conversations intéressantes, recherchant mon avis et me soumettant quelques confidences d’ordre sentimental. Enfin traitée d’égal à égal ! C’est d’ailleurs cette personne qui sollicita mon aide en informatique, se retrouvant bloqué sur la mise en page d’un livre qu’il venait de terminer sur son ordinateur.

Je pense même, que si j’avais été dans une situation sociale moins précaire, l’esseulé des heures ouvrées de sa partenaire, héritière d’une importante compagnie de transports touristiques de la région, n’aurait probablement pas rechigné à accorder à sa fée du logis, des heures supplémentaires d’un tout autre rang.

Dommage, mais le gentil homme me semblait trop soumis à sa « princesse » pour oser un jour la quitter et je me voyais mal replonger dans le rôle de l’éternelle seconde des heures creuses d’un estomac criant famine les jours de disette affective !

Un beau matin d’été, les « tourtereaux » me confièrent les clefs du nid, en vue de maintenir leurs plantes abandonnées hors portée de la canicule estivale. Je reçus un message sur mon répondeur, m’invitant à venir récupérer, le plus tôt possible, un présent fleuri déposé sur la table du salon à mon intention.

Très touchée par cette marque d’estime, je me précipite donc découvrir ce témoin de générosité de la part de la gente dame. J’aurais eu le hoquet, que le simple fait de découvrir la « chose » me l’eut stoppé tout net. Interloquée est bien le mot approprié devant le spectacle de ce pot de bégonias, les fleurs toutes fanées sous son emballage papier cadeau transparent. J’avais du mal à réaliser que l’on pouvait être capable d’un tel geste.

Comment était-ce possible que des fleurs sortant de chez le fleuriste le matin se soient fanées en une demi-journée ? La première idée qui me vint s’arrêta sur le fait que ce cadeau ne m’était pas destiné initialement, qu’elle en avait dû être l’heureuse bénéficiaire, mais qu’elle l’avait oublié quelque part, dans sa voiture ou son bureau pendant quelques jours. La plante ne s’en était pas remise, bien sûr, et s’était étiolée rapidement dans sa bulle d’air vicié.

N’étant pas du genre à jeter non plus l’argent par les fenêtres et réalisant le gâchis, elle avait dû estimer, après tout, qu’elle serait bien bonne à contenter la Conchita de service, qui ne devait pas souvent recevoir ce genre de cadeau. En plein dans le mille ! Mais il vaut mieux ne rien recevoir que de tels cadeaux empoisonnés d’irrespect.

Je me suis alors souvenue de l’air ravi au téléphone de l’auteur de ce merveilleux cadeau, visiblement heureuse de me faire preuve de sa complaisance envers moi. Il y avait quelque chose qui clochait. En attendant son retour pour lui conter fleurettes à ma manière, en usant de diplomatie et de compréhension pour en avoir le cœur net, je pris soin des plantes de l’appartement sans toutefois omettre de lui compter les heures passées pour cela et au tarif horaire des heures de fée du logis.

Lorsque je lui fis un rapport des plus amicales concernant la « superbe plante » qui m’attendait le jour de leur départ en vacances, une surprise digne de la nouvelle la plus inattendue s’imprima de manière stupéfaite dans l’expression de son visage. Elle avait pourtant choisi la plus belle, le matin même, ajouta-t-elle ! Comment était-ce possible ?? ! Complètement incompréhensible déjà pour moi, pour elle cela semblait relever de phénomènes paranormaux.

Décidée à parer la vexation en lui présentant la petite note équivalente à ma disponibilité durant leurs vacances, je compris alors qu’elle devait s’attendre à du bénévolat de ma part… ben voyons ! Ami, ami.. lorsque l’on traite Farida comme une des leurs !! A un détail près néanmoins… les fleurs ! Je vous ai apporté des bonbons, parce que les fleurs… c’est périssable !!

Aujourd’hui, après avoir connu, pendant près de cinq années, l’envers du décor de la réussite sociale, où se révèle l’individu tel qu’il est derrière le masque trompeur d’une personnalité mensongère, comme la publicité, le seuil du ras-le-bol de devoir s’abaisser à accepter de telles conditions pour surnager dans le chômage, a été atteint en ce qui me concerne.

Tous ces personnages, sans aucune pudeur, s’imaginent que ceux qu’ils payent pour nettoyer leur merde ne pensent pas, n’entendent pas, ne voient pas, ne comprennent rien… des légumes, des robots, des gants de caoutchouc, des abrutis de naissance sans cervelles, inaptes à faire autre chose que les basses besognes liées à leur intimité.

Cependant, je ne regrette pas ce stage un peu trop prolongé dans les tréfonds du mépris social, qui renforce mon admiration envers tous ceux, qui n’ont même pas le choix de pouvoir un jour rendre leur tablier en claquant la porte sur les méprisants, qui subissent les humiliations et la domination de tous ceux qui les exploitent à moindre coût, dans le but de leurs servir de larbins. Dans ce domaine là, l’abus de pouvoir prend des proportions ravivant amèrement le siècle de l’esclavage et de l’exploitation de l’Homme par l’Homme, au nom du Saint-Pognon, comme toujours !

Toutefois, grand est le Roi, couronné de lauriers le Prince conquérant, idolâtrée la plus belle femme du monde, fier le héros dans le repos du guerrier… et sur le trône, chaque matin, aussi petits que toi dans l’isoloir de leurs toilettes !!

Ce fut pour moi une expérience positive, qui me prouva que l’Homme n’est qu’un Homme et que la majuscule est de trop pour le désigner. Il est bien peu de chose, malgré ses grands airs de frimes et d’autosatisfaction, et qu’aucun ne mérite que l’on mette sa dignité à ses genoux au péril de la richesse de sa propre existence, de sa liberté d’être et de penser !

Julie TOMIRIS

Article écrit le 14 juin 2003 après une période de chômage douloureuse, humiliante, suite à un divorce laissant une femme sur le carreau, après avoir subi pendant 11 années un conjoint manipulateur pervers et caractériel qui l’a mis plus bas que terre en la ruinant et la méprisant.

 

1 Contraire à un principe du Communisme qui est : le Refus à la soumission volontaire.

 

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